Q: Combien de temps avez-vous exercé ce travail?
R: Deux années, de 2001 à 2003. J'ai arrêté
en septembre 2003.
Q: Quel âge avez-vous?
R: Trente-cinq ans.
Q: Comment avez-vous eu ce travail?
R: Je travaillais comment consultant dans une boîte de publicité,
en fait c'était plus un poste d'assistant dans un service de
créa. Mon boulot consistait à regarder les autres suivre
une charte graphique qui avait été établie par
le service marketing. Je passais mon temps sur internet. Un jour j'ai
répondu à une annonce pour du contenu éditorial.
Je me suis présenté et j'ai été pris.
Q: Vous avez une formation médicale?
R: Quand j'ai signé mon contrat, on m'a aussi fait signer des
clauses de confidentialité, je ne peux pas répondre
à toutes vos questions, par exemple celle-là.
Q: Vous pouvez me donner l'un des slogans que vous avez créés?
R: Oui, l'un de mes préférés: parce que les
insomniaques ne sont pas tous les mêmes. Il peut fonctionner
avec tout, voyez: parce que les boulimiques ne sont pas tous les
mêmes.
Q: Comment ça se passait, vous travailliez en équipe?
R: Oui, nous étions une équipe de cinq, toujours les
mêmes.
Q: Des hommes et des femmes?
R: Non, juste des hommes.
Q: Vous savez pourquoi?
R: Le service qui nous employait, pensait qu'une ambiance masculine
était plus propice à la création.
Q: Vous aviez des brainstorming?
R: En quelques sorte. Tout était fait pour que nous ayons l'impression
d'être une bande de potes à la sortie d'un gymnase. On
devait blaguer, mettre toutes les idées qu'on pouvait avoir
par écrit, tout rassembler, même le pire. Le matin on
arrivait un peu quand on voulait, on pouvait rester connecté
au web toute la journée, ou regarder des chaînes câblées,
on pouvait avoir accès à toutes les infos du monde.
On avait aussi un squash. La direction, nous encourageait à
jouer ensemble. On sortait un peu plus tard que la moyenne en fin
de journée, mais ce n'était pas vraiment grave. Ça
nous encourageait à prendre un verre ensemble.
Q: Vous aviez aussi en charge de trouver les noms des médicaments?
R: Non, ça c'était une autre équipe, je crois.
Des femmes uniquement, mais personne n'était sûr, on
ne les a jamais rencontrées. On avait accès à
un réfectoire, mais c'était mal vu de se mêler
aux autres. Nous on devait trouver des slogans. Au départ on
vous donne le type de médicament sur lequel vous devez travailler,
puis on vous laisse.
Q: À quoi ressemblaient vos réunions de travail?
R: Imaginez cinq gars, en bras de chemise, en train d'essayer de lancer
une petite balle en mousse dans une corbeille placée au-dessus
d'une porte.
Q: Et ça marchait?
R: Ça dépendait d'où on lançait.
Q: Non, pour les slogans.
R: Oui, pour les slogans ça marchait pas mal, pas toujours
pour le bon produit, mais ça ne posait pas de problème,
on le mettait de côté, pour plus tard.
Q: Combien de slogans par jour?
R: Entre quatre et cinq. Mais de vraiment bons, je dirais trois maximum.
Q: Qui contrôlait votre travail?
R: Un superviseur, c'est lui qui nous donnait des types de produits
et les publics ciblés. C'est lui aussi qui s'occupait du comité
d'entreprise. Un mec sympa, un bosseur. Il repassait en fin d'après-midi,
pour prendre nos slogans.
Q: Vous avez des mauvais souvenirs de cette expérience?
R: Pas trop, j'étais bon au lancer. Les jours où ça
venait pas, on ressemblait plus à cinq gars dans leurs coins,
enfin, quatres dans leurs coins et un au milieu, et pas un bruit.
Mais ça ne durait jamais longtemps. On recevait plein de mails
rigolos, comme il en circule beaucoup dans les bureaux. Ou alors,
il y en avait un qui faisait sonner le téléphone d'un
autre, mais sans se faire voir, vous voyez. Et qui raccrochez quand
l'autre décrochez. Tout de suite ça décoince.
Q: Vous vous souvenez de tous les slogans que vous avez créés?
R: Non, juste de quelques-uns.
Q: Vous pouvez m'en dire un?
R: La santé passe par la peau.
Q: Quand vous devez acheter un médicament, vous faites attention
au slogan?
R: Non.
Q: Hum... Vous n'avez pas confiance en ces slogans?
R: Si, mais vous savez...