Voici un livre assez troublant, et tout commence par le nom de l’auteur,
dont c’est le premier roman. On nous dit que Pierre Cendors, né en
1968, a vécu plusieurs années en Irlande, en Ecosse, puis à Prague
et qu’il vit aujourd’hui entre la France et la Suisse. Il
n’est pas indifférent que Dominique Bordes, qui en fut le
premier éditeur dans la revue Monsieur Toussaint Louverture, après
avoir tenté vainement de le rencontrer glisse en fin de volume
cette mise en garde : Pierre Cendors existe-t-il vraiment ? Qui se cache
sous ce nom qui évoque à la fois le prénom slave
Sandor et le souvenir d’un écrivain à la main coupée
dont le goût pour l’affabulation alla jusqu’à multiplier
les titres de livres imaginaires? L’affaire est d’autant
plus obscure que Pierre Cendors nous entraîne au pays de Kafka,
sur les traces d’Endsen, romancier et poète disparu à Prague
dans des circonstances mal éludées, en 1984 pour les uns,
en 1991 pour les autres. A-t-il été victime de la répression
du régime communiste? Est-il mort ou a-t-il secrètement
pris le train pour une ville inconnue? Il faudrait n’avoir aucun
goût pour le romanesque pour s’offusquer qu’une œuvre
de fiction porte sur un écrivain dont le nom ne figure encore
dans aucun dictionnaire. A-t-on jamais reproché à l’auteur
du Château l’impossibilité de localiser le lieu où son
héros ne parvient jamais ? L’impression d’irréel
que donne toute cette histoire est sa vérité la plus tangible.
Il ne fait aucun doute que l’atmosphère mystérieuse
de l’ancienne Prague et l’ambiance angoissante des années
grises qui ont suivi l’invasion soviétique sont les véritables
héros de ce roman. Mais il est impossible de saisir l’homme
caché dont ce livre nous invite à frôler les secrets.
Comme le suggère le collage de couverture, le lecteur est convié à s’aventurer
dans un labyrinthe dont l’ambiance onirique le plongera dans une
sorte de rêve éveillé. Rassurons-nous : il y a bien
dans ce livre très habilement construit une entrée, une
sortie et un rail pour guider le lecteur de la première à la
dernière page. On en sort comme d’un train fantôme,
après avoir traversé une bibliothèque peuplée
de miroirs et croisé dans l’ombre un squelette devant l’écritoire.
Laissez-vous tenter et prenez le billet d’entrée !