Notes très personnelles concernant L'Homme caché, de Pierre Cendors

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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N O T E S   T R É S   P E R S O N N E L L E S
C O N C E R N A N T   L ’ H O M M E   C A C H É ,
D E   P I E R R E   C E N D O R S

PAR FRANCK ROUANES

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« Ses recherches concernant Solander ne le menèrent pas plus loin. Aucune ville ne répondait à ce nom. De toute évidence, la destination inscrite par Livel sur le panneau de la gare était bel et bien une invention. Une destination imaginaire. Un lieu poétique. »

Solander.

Je pars, aujourd’hui, pour Rome. Dans un de ces trains dont la destination, quoi que j’en dise, quoi qu’en disent les panneaux indicateurs et les horaires, est : Solander. Je pars pour Rome et là-bas – ce là-bas qui est mon Solander, un autre Solander – peut-être que là-bas où je suis sûr de me retrouver, peut-être que je retrouverai la trace d’Endsen, peut-être que je découvrirai Pierre Cendors…

Je pars pour Rome et dans le train, je relis les romans, quatre beaux récits, qui composent L’Homme caché.
L’Homme caché : le premier et le seul roman connu d’Endsen à ce jour (mais les études endseniennes n’en sont qu’à leurs balbutiements).
L’Homme caché : le premier et le seul roman connu de Pierre Cendors à ce jour (mais peut-être Pierre Perronton a-t-il d’autres pseudonymes ?).

« L’homme caché », c’est bien sûr Endsen, l’écrivain tchèque, figure centrale du livre qui cherche partout sa trace, un écrivain qui se joue de la mort, qui joue la mort, qui jongle avec les identités, comme le jour où il emprunta peut-être l’identité d’Arthur Seiboth (voyez La onzième lettre, ce K très kafkaïen), comme les personnages, en quelque sorte contaminés par la pratique endsenienne, que l’on croise dans ces romans (ainsi, le peintre Livel-Solander du roman éponyme), – comme Pierre Cendors. Car l’homme caché, c’est Pierre Cendors, Dominique Bordes insiste assez sur ce fait dans la lettre D’un éditeur à un autre qui vient, non pas clore, mais ouvrir encore un peu plus le livre de Cendors. Risquons donc ici cette réponse à la question qui agite le livre : Endsen, c’est Pierre Cendors. Ou plutôt : Pierre Cendors, c’est Endsen, c’est-à-dire : ce que représente Endsen. Parce que « l’homme caché », c’est avant tout l’expression par la fiction, celle de la mort incertaine d’un écrivain de génie, d’une certaine idée de ce que doit être : écrire. Cette idée, on peut la formuler ainsi : l’écrivain doit « tendre vers le neutre », comme l’écrivait Jabès, ou « Ne pas laisser de trace », à la manière de Michaux, deux auteurs qui figurent peut-être (le premier à coup sûr : et c’est heureux, et c’est écrit dans Cendres d’aube ; le second : nous l’espérons) dans cette anthologie que le hasard ( ?) mit sur sa route et dans laquelle Claude Maxandre, le narrateur du dernier des quatre romans, découvrit Jenèse, un poème d’Endsen.

Jenèse : la naissance d’un écrivain par le texte (et sa mort, donc, en tant qu’homme), c’est bien cela à quoi l’on assiste, ou mieux : à quoi l’on participe, nous, lecteurs, en lisant L’Homme caché (celui de Cendors, pas d’Endsen – mais peut-être est-ce le même en fin de compte puisqu’Endsen, c’est peut-être Cendors ?) où tout est incertain, possible, éclaté : les faits et les souvenirs, les récits, les personnalités. Alors, ici, dans ce moment où tout est en train de se bâtir, l’écriture est écritures ; le roman : romans – un pluriel choisi qui désigne tout ce qui reste possible eau-de-là de ces quatre récits parcellaires –  non pas en ruine, mais en voie d’apparition.

Car enfin L’Homme caché, c’est peut-être surtout (mais on ne peut trancher ici entre les interprétations, de même qu’on ne peut décider finalement de l’identité d’Endsen : Cendors nous apprend le peut-être) la mise en abyme du premier roman, de la figure du romancier qui devient romancier et qui doit pour cela s’effacer, mourir pour laisser vivre son livre – de Pierre Cendors, cet homme caché, muet jusqu’au dernier des quatre récits dans lequel il fait une singulière et significative apparition.

Je vais quitter, aujourd’hui, Rome. Qu’ai-je appris sur Solander, sur Endsen, sur Cendors ?
Que parce que ce n’est pas une ville, Solander est toutes les villes.
Que parce qu’Endsen reste mystérieux, il est écrivain.
Que Pierre Cendors est un grand écrivain.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E