«Parallèlement à son exigeant travail de rééditions
qui leur fit ainsi exhumer des merveilles signées Jean Forton,
Paul Gadenne ou Raymond Guérin, les éditions Finitude
ouvrent parfois leur catalogue à des auteurs bien vivants.
Après
Claire Wolniewicz, Joseph Incardona et Bertrand Runtz, voici que
la maison bordelaise nous présente cette fois Pierre Cendors,
né en
1968, dont L’homme caché est le premier roman – la couverture
indique qu’il s’agit là d’un romans…
Poète
disparu – il serait mort noyé en 1984 dans
la Vlatva, bien que l’on n’ait jamais retrouvé son corps –,
Endsen a toujours échappé à l’attention des
biographes. « On
savait d’Endsen ce que lui-même, ailleurs, en de rares confidences écrites,
avait évoqué de sa vie: enfance paysanne, études,
puis longues années d’exil», nous apprend-on. Son œuvre
majeure, L’eau-de-là (il est intéressant de savoir
que Pierre Cendors a reçu en 2003 le prix Orage-Lagune-Express
pour une nouvelle au titre similaire…), fut remise à la
lumière
après la «révolution de velours» de 1989.
Le
narrateur du livre de Cendors, prénommé Pierre, est
ami avec le traducteur Anton Malek, lequel s’est chargé de
la présentation de cette réédition. Anton a
pour projet de traduire L’Eau-de-là en français, et
de s’atteler à la
biographie d’Endsen après avoir effectué un travail
de recherche dans les archives de l’État. Endsen joua-t-il
un rôle
important au sein d’un réseau de clandestins opposés
au régime, eut-il des démêlés avec la
police secrète? Est-il passé de «l’autre côté»,
poursuivant son chemin loin des frontières de l’Europe Centrale?
A-t-il maquillé sa disparition pour protéger ses proches?
Il aurait laissé une fille, Vanna, ignorante de l’identité de
son père…
Pierre Cendors se plaît à brouiller
les pistes, nous lançant à la
poursuite d’un poète visionnaire, d’un homme caché,
secret et solitaire; un légendaire militant de l’anonymat
qui a «évolué durant
son existence dans un cercle d’invisibilité». Très
habilement construit, ce coup d’essai éminemment romanesque
se lit comme une enquête littéraire naviguant constamment
en eau trouble.