Entretien MSN entre Pierre Cendors et Julien Campredon – Seconde partie

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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E N T R E T I E N   M S N
E N T R E   P I E R R E   C E N D O R S
E T   J U L I E N   C A M P R E D O N
S E C O N D E   P A R T I E

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Julien campredon est un écrivain très prometteur, d’ailleurs nous allons publier son incroyable recueil de nouvelles en novembre 2006; en attendant, vous pouvez lire son dernier petit livre: Boris le Babylonien contre l'Aligot Littéraire.

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P I E R R E : Salut Julien! En ouvrant un livre aujourd’hui, j’ai trouvé cette phrase de Charles-Albert Cingria: Si l’on ne trouve pas surnaturel l’ordinaire, à quoi bon poursuivre? Je propose que l’on commence comme ça...

J U L I E N : C’est le parti que j’ai adopté grâce à la méthode Assimil d’occitan. En fait, il y a des leçons qui présentent la culture de la région, mais il y  a aussi une série de leçon qui correspond à un voyage dans plusieurs ville. Ça m’a fait changer de regard, maintenant quand je suis à Lézignan, je me dit: putain, mec, tu es à Lézignan!

P I E R R E : C’est vrai que l’apprentissage d’un langage, et surtout pour un auteur, permet de franchir des frontières mentales. Mon premier voyage à Prague (je ne connaissais pas un mot de tchèque) a été un choc profond, une sorte de dérive urbaine s’en est ensuivie. Endsen en est né.

J U L I E N : Je suis vraiment confus, le repas est prêt tôt ce soir. On peut reprendre dans, disons 25 MIN?

P I E R R E : Tu es un barbare, mais ok.

J U L I E N : J’ai un juriste menaçant pas loin, à plus.

* * *

J U L I E N : Bon, alors: Prague.

P I E R R E : Je ne sais pas comment expliquer. Une plongée en apnée dans quelque chose de sombre, de lourd, d’impénétrable tout à la fois… Kafka et l’histoire avec un H majuscule.

J U L I E N : Il me semble que dans ton parcours, à part ta parenthèse à Aix, tu n’as pas trop cherché le soleil.

P I E R R E : J’aime ce qui est solaire, d’un élan vif, mais pour le rejoindre, je passe d’abord par un tunnel.

J U L I E N : Si je ne m’abuse, tu as vécu dans des pays (Irlande, Tchéquie) en plein dans leur explosion libérale, avec le côté far west qui en découle.

P I E R R E : Oui et non. L’Irlande : j’ai connu vers dix ans la tension du Nord, j’ai visité un membre de l’IRA en prison, vécu dans sa famille, croisé les "brits" en uniforme et éprouvé cette rage collective de l’envahisseur. Prague, seulement à travers les récits de ma femme et de Heda Margolius Kovaly, une femme remarquable qui a survécu à Auschwitz et Staline.

J U L I E N : Pourquoi revenir en france? Pour le français?

P I E R R E : Le français est ma langue maternelle. J’ai essayé d’écrire en anglais, mais ce n’est pas la même source, plus profonde en français. Et puis, après huit ans entre l’Irlande et l’Ecosse, j’ai éprouvé un appel du fond.

J U L I E N : C’est le whisky? Connais-tu Sylvie Germain, je crois qu’elle a longtemps vécu à Prague.

P I E R R E : Oui, j’ai été l’écouter lire en public à Prague. Œuvre forte, singulière, profondément personnelle et ténébreuse comme les pays de l’Est.

J U L I E N : Je n’ai lu que le livre des nuits, ça déboîte. Je lui ai d’ailleurs dit, mais comme c’est son premier roman elle était perplexe.

P I E R R E : Tu as eu l’occasion de lui parler?

J U L I E N : Oui, dans un lieu très obscur pour le coup, le salon du livre et du vin, à Balma, l’année dernière. Balma est une ville résidentielle de la banlieue toulousaine.

P I E R R E : Que lis-tu ou qu’écoutes-tu quand tu écris? La musique t’inspire t-elle? Autres choses...?

J U L I E N : Pour Brûlons tous ces punks qui est le texte qui m’émeut le plus, c’est le jeu vidéo Vice city. Les Clash, Mauresca fracas dub. Mais en réalité les choses m’inspire a posteriori.

P I E R R E : Oui, mais il y a en fait d’innombrables bandes originales de textes d’auteurs qu’on n’entendra jamais! C’est dommage qu’ils ne les citent pas!

J U L I E N : Par exemple, l’autre jour, Pierre Dubray, le preneur de son de Brûlons tous ces punks en version audio, m’aidait à monter ma nouvelle machine à laver (payer par mes premiers droits d’auteurs). Nous surprenons une prostitué et un client dans mon local à poubelles. Ça, je crois que ça peut m’inspirer.

P I E R R E : C’est ton prochain texte? Excellent !

J U L I E N : À non, pour l’instant c’est un fait divers, mais j’aimerai bien l’utiliser.

P I E R R E : Je crois que ce n’est pas par hasard...

J U L I E N : En effet, mon amie moi avions déjà remarqué qu’il  y avait régulièrement des préservatifs jeté dans le local à poubelle (il est de libre accès de la rue).

P I E R R E : Une chambre local à poubelle, quel décor!

J U L I E N : Non, non, c’est un espace très réduit il ne peut s’y pratiquer techniquement que peu de choses, puisque c’est un espace sous l’escalier.

P I E R R E : La chambre à photo aussi, c’est minuscule, mais on y développe le monde...

J U L I E N : Comme quoi on peut faire des galipettes partout! Mais en fait, tu n’as pas trop parlé de Prague, tu aurais pu faire un roman à Annemasse...

P I E R R E : Je déteste Annemasse. Même gosse, c’était là, en moi, un recul, une non-adhésion, une certaine hostilité enfantine à ce décor médiocrement bourgeois et provincial dans le mauvais sens du terme : vie limitée, zone de confort, l’odeur d’urine sur les trottoirs, les jeunes en cloques poussant des caddies sur les parking des supermachins...

J U L I E N :  hé bé, pourquoi y restes-tu (ne vas jamais à Grenoble), tu y es retourné pour faire du ski?

P I E R R E : Je pense à bouger, c’est Genève (juste à côté) qui m’incite à rester, la vieille ville à Genève où Borges a vécu et est mort.

J U L I E N : Oui, mais alors pourquoi ne vis-tu pas à Genève? Tu y es fiché?

P I E R R E : C’est un monde à part, socialement constipé et bien pensant. Je préfère les gaulois.

J U L I E N : Étrange, étrange. Ces considérations sont pour moi d’un exotisme fou. Pourquoi n’en parles-tu pas dans tes livres?

P I E R R E : Exil exit, le texte récent que je viens de passer au représentant en parle un peu.

Julien dit : À propos du représentant, figures-toi que je suis le représentant commercial de MTL en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. La classe ! J’ai exigé ce titre pour concurrencer ma chef du monde. Bon. Et le dimanche matin depuis un moi je vends MTL sur le marché à côté de chez moi.

P I E R R E :Tu vas sortir un livre avec MTL bientôt, non ?

J U L I E N : Oui, je sors mon premier recueil de nouvelles avec MTL l’an prochain, j’ai de la chance, il paraît que certains auteurs ont été débauchés à coup de millions de francs suisses.

P I E R R E : Tu as quelque chose d’incendiaire dans tes textes.

J U L I E N : J’aimerai. Mais j’ai peur de finir en vieux con.

P I E R R E : Pas si tu refuses d’avoir raison à chaque fois

J U L I E N : Et de me reproduire avec des jeunes cons et la terre sera alors peuplé de cons et ça sera horrible et il y aura des cadres culturels partout! Sinon, aimes-tu France inter?

P I E R R E : Je l’écoute vraiment peu pour pouvoir répondre.

J U L I E N : C’est une très bonne réponse. Lis-tu des nouvelles.

P I E R R E : Oui. J’aime ce genre, concis, dense, ramassé.

J U L I E N : Alors mon éditrice suisse m’a donné une clef pour définir la nouvelle qui est assez intéressante, et qui ferait qu’en fait, je n’écrirais pas des nouvelles. La nouvelle joue sur une distorsion temporelle. Temporelle.

P I E R R E : Je dirais le contraire: clarté, presque hallucinatoire.

J U L I E N : Avec tes droits d’auteurs as-tu comme moi voulu acheter une nouvelle machine à laver le linge?

P I E R R E : Pas de droits d’auteur avant la fin de l’année. Mais j’ai une machine depuis trois mois, ma première!

J U L I E N : Édition d’en bas, tu connais

P I E R R E : Oui de nom, des titres en tête?

J U L I E N : La diplomatie non gouvernementale.

P I E R R E : Jesus christ! (jésus christ en V.O)

J U L I E N : En fait c’est le livre que m’a donné ma voisine éditrice, mais je ne sais pas exactement quelle est sa maison.

P I E R R E : Tu as un entourage exotique.

J U L I E N : Oui, et un très bon boulanger. Je vends aussi mes livres dans le bar en bas de chez moi et les MTL chez le vendeur de livre d’occasion.

P I E R R E : Super, tu me surprends, le représentant m’avait dit que tu étais un acharné.

J U L I E N : Écoute, je savais ce que je faisais en publiant un livre pas cher dans une maison d’édition indépendante, leur diffusion pour ce genre de livre n’était pas concurrentielle. Et puis j’ai un petit tirage (500 exemplaires).

P I E R R E : L’homme caché à 900. C’est petit également.

J U L I E N : Oui, mais à quinze euros, tu vas pouvoir t’acheter un manteau en vison!

P I E R R E : Astrakan, c’est moins poilu.

J U L I E N : À propos d’astrakan velu, la littérature : tu parlais d’un besoin. Pour moi c’est très compliqué. J’aime écrire et ça me gonfle. Je préfère jouer à la belote, mais en même temps le besoin de jouer à la belote est moins viscéral.

P I E R R E : True

J U L I E N : Tu étais sensé partir sur une envolée lyrique.

P I E R R E : Il ne t’es pas imposé d’écrire, mais tu n’es pas libre de t’y soustraire, c’est mon sentiment (c’est mieux?)

J U L I E N : Non, je réfléchis; le problème aussi c’est de mener la double vie d’écrivain et de quelqu’un qui doit quand même essayer de trouver des revenus ailleurs, cela brouille les cartes.

P I E R R E : Pour moi, c’est un tout. Regarde Bukowski.

J U L I E N : Il encule ses copains quand il est bourré !

P I E R R E :Bon, autre exemple, Borges.

[Borges étant surexploité dans le cadre des entretiens littéraires, le comité de rédaction de mtl a décider de fermer la page d’entretient de Pierre Cendors. Nous l’avons juste laissé conclure.]

J U L I E N : Y a t-il des thèmes que tu aurais voulu plus aborder?

P I E R R E : Cet élan qui me pousse à écrire et qui dans le même temps vomit absolument la littérature et les mots.

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