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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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F R A N C E   B O U R G E O I S ,
E X I S T E R   S A N S   Ê T R E

PAR ALAIN POZZUOLI

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Comment vous présenter France Bourgeois? Que vous dire sur elle qui ne soit ni superfétatoire ni dithyrambique? Dire les choses simplement sans doute, comme elle les écrit. France Bourgeois est de ces auteurs qui écrivent parce qu’ils ont du mal à respirer dans le monde où ils vivent, déchirés, agacés, bouleversés par l’univers dans lequel ils sont bien obligés de cohabiter avec le malheur, la bêtise et l’indifférence. À la voir si douce on pourrait penser que France aurait mieux trouvé sa place au Moyen Âge, menant une vie de troubadour, de femme troubadour, chantant l’amour courtois et les plaisirs de la Poésie.Pourtant France est une femme d’aujourd’hui qui se bat comme elle peut contre l’injustice, l’indigence de nos contemporains et le manque d’altruisme qui en découle.

Mais pour connaître les gens au moins faut-il les avoir vus. Voir France une fois c’est garder à jamais dans la mémoire sa silhouette frêle qui se promène, fragile et décidée, dans une rue de Paris à la recherche d’un livre rare ou d’une main amie. Visage d’opaline, cheveux grisonnants où se disputent le noir et le blanc contraires, les deux pôles opposés. Douceur et fermeté. Car, France peut être les deux. Douce comme un coulis de miel, et ferme quand il s’agit d’affirmer ses idées, ses convictions, ses combats. En fait, France Bourgeois n’aime pas le tiède et elle l’a prouvé.

Née à Istres, dans les Bouches-du-Rhône, elle est très tôt portée vers l’écriture et le théâtre. À dix ans elle obtient par trois fois le Grand prix de la Poésie organisé par la station de radio Paris Inter. Il faut dire que les Bourgeois sont une famille d’artistes, d’écrivains. Le grand-oncle n’est autre que Maurice Champagne, grand disciple de Jules Verne. À seize ans, France obtient le Prix de poésie des Yvelines. C’est le moment où sa mère la somme de choisir un «vrai» métier. Elle décide alors de devenir infirmière, tout en continuant à écrire en parallèle. À vingt et un ans, elle part en Algérie, son frère s’étant engagé pour aller combattre de l’autre côté de la Méditerranée. Elle y restera jusqu’à l’Indépendance et en gardera longtemps le souvenir halluciné de la misère et de la souffrance humaines. À son retour à Paris, elle se sent attirée par les planches et s’inscrit au Conservatoire du Cinéma pour devenir réalisatrice-scénariste, et aux cours René Simon. Ce dernier la convainc de se lancer professionnellement dans l’écriture. C’est aussi la période où elle fréquente «Le Club des Poètes» de Jean-Pierre Rosnay où elle prend le pseudonyme de Naëlle France. On la surnomme alors «La mouette», en référence à l’un de ses poèmes dits à l’antenne de France-Inter. Sa carrière semble alors toute tracée.

Sur les barricades de 68, elle fait la connaissance d’un réalisateur qui cherche à la fois une actrice et une assistante «pour s’occuper d’enfants handicapés» – sujet du film. De cette rencontre naîtra, en 1969, un film et une petite fille, nommée Judith.

Mais France est aussi visiteuse de prisons. Elle s’en souviendra des années plus tard en écrivant le scénario d’une fiction intitulée Le quartier des oubliées sur la vie carcérale des femmes, et surtout celle des bébés en prison.En 1971, elle part en Californie avec sa fille pendant quatre ans et demi où elle s’occupera notamment de toxicomanes et d’enfants fous.

À son retour, France Bourgeois s’octroie enfin le droit de penser à écrire et d’en vivre. Elle a attendu plusieurs années avant d’oser cette véritable reconversion professionnelle réussie. Poèmes, scénarios, feuilletons, polars, comédies se succèdent durant vingt ans. En parallèle elle aura créé des ateliers d’écriture de scénarios agréés par l’AFDAS pour des stagiaires de vingt-sept à soixante-cinq ans venant de tous horizons.

À soixante-trois ans, la lassitude s’installe. À la télé-réalité, France préfère retourner à ses premières amours, la poésie, et rédige, non sans une certaine volupté, ses Contes du Zodiaque dont nous vous présentons ici L’Ogre illustrant le signe des gémeaux1.
Publiés dans une première version incomplète en 1985 aux Éditions Francophones, ces contes restent à ce jour ce qui, de tous les écrits de France Bourgeois, la caractérise le mieux, ce qui lui ressemble le plus.

Frénésie des idées, exacerbation des sentiments et des sens, imagerie poétique, sens de la formule. Ces Contes du Zodiaque forment à eux seuls la galaxie France Bourgeois, cette voie lactée de subtilité et d’esprit dans laquelle elle trempe sa plume pour extirper du plus profond d’elle-même un remède à la mélancolie. Si France Bourgeois écrit, ce n’est pas uniquement par un souci exclusif de retrouver son souffle dans cet univers d’asthmatiques, c’est surtout (toujours son souci de générosité) pour partager avec le lecteur ses souffrances dorées et ses espoirs brûlants. Pour France si la vie n’est pas un modèle de poésie, écrire est un acte de résistance car pour elle, le pire des malheurs, comme elle l’écrit dans L’Ogre, est bien «d’exister sans être».

France Bourgeois «est» un auteur rare, et une femme simple, tout simplement, et qui existe.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E