Dites ce que vous voulez sur le luxe du temps dans l’écriture,
mais donnez-moi une deadline !
Donnez-moi des limites et je retrouverai ma liberté. Les deadlines
prennent une partie de notre peur d’écrire en nous poussant à être
orgueilleux. Bien sûr, il y a tous ces singes et leurs machines à écrire,
avec suffisamment de temps ils devraient sortir de leurs doigts poilus
du Shakespeare. Mais qu’est-ce qu’on aurait si on ne leur
donnait que vingt minutes ? C’est autour de cette idée
que nous souhaitons créer une nouvelle section d’Ouverture
sur le monde.
Il y a quelques temps déjà je demandais
aux auteurs de Monsieur Toussaint Louverture de répondre à ma
proposition, une grande majorité a répondu directement.
Je vous demande de faire exactement ça — d’écrire
des histoires en vingt minutes. Une heure de travail pour trois textes.
Vous pouvez y penser d’abord, si vous le souhaitez, et allez
y. Quelle terreur ! Qui peut écrire une histoire en vingt
minutes ? J’espère que la majorité d’entre
vous s’y essaiera, explorerons les idées les plus folles,
des voix et des approches surprenantes,
écrivez n’importe quand et n’importe où vous
vous trouvez : Vous avez vingt minutes, alors étonnez-nous.
Dans plusieurs mois une partie de ces textes sera publiée dans
la revue, les autres seront archivés sur le site après
avoir
été mis en ouverture pendant quelque temps. Je pense
que les contraintes sont un aiguillon pour la créativité,
l’art né souvent dans d’étranges circonstances,
et en vingt minutes vous pouvez reconnaître la voix particulière
d’un écrivain. Je continue à ne pas aimer le Scrabble
contre la montre. Bien sûr c’est intéressant
de voir le jeu évoluer à toute vitesse, mais quand on
regarde les mots une seconde fois, on voit souvent un meilleur mot,
le bon mot. Mais quand ce n’est pas le cas ? Quand tout
fonctionne, amateur du premier jet, nous ne vous offrons pas quinze
minutes de gloires, mais vingt. Je vous le répète, n’ayez
aucune crainte, les vingt minutes sont là pour vous protéger,
c’est le moment de faire parler les morts, de décoincer
un peu cette littérature qui fait du sur place, de se dire que
c’est possible, qu’on l’a bien dans le sang. Personne
n’est là pour tenir le chronomètre, ni pour vous
surveiller, vous êtes plus que des écrivains. Garder cette
idée avec vous, il y a toujours des blancs, cette fois vous
aurez 20 minutes à remplir. À vos
marques. À bientôt. Le représentant de Monsieur
Toussaint Louverture.