Mon ami

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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M O N  A M ISANDRINE BETTINELLI

Mon ami, il faut que je t'avoue. Je n'ai pas vingt minutes à t'offrir. Je me suis assise là pour t'écrire ce mot et déjà je regrette le temps passé sur ce morceau de papier. Vingt minutes, non, cela n'ira pas. Tu m'as dit: juste un peu de temps pour se revoir, parler du passé, se reconnaître.

Le passé ? Pourquoi parlerions-nous du passé ? Peut-être l'as-tu oublié. Mais il est là, à chaque minute, il pèse sur mon âme. J'en garde toutes les miettes. Les souvenirs sont parfois un lourd fardeau.

Te reconnaître ? Si tu as changé, je ne veux pas le voir. Je te préférais avant.

De toutes façons, je ne parle plus vraiment, tu sais. Je suis trop occupée. La vie, il faut courir après sinon elle vous dépasse. Moi, je la maîtrise, je la chevauche, je la soumets. Je n'ai pas l'intention de lui lâcher la bride. Je ne veux pas qu'elle me renverse à terre.

La lessive attend. Un gâteau cuit dans le four. J'ai un rendez-vous à 15h30.

Vingt minutes pour un ami, ce n'est pas grand chose.

Vingt minutes, ce n'était pas beaucoup à m'offrir non plus. Peut-être pour une journée, aurais-je fait un effort ? J'aurais ouvert la parenthèse, tu aurais pu t'y engouffrer. Une journée, à nous, rien qu'à nous, oui, j'aurais pu la voler au temps. Un mois, ça aurait été difficile, il aurait fallu trouver des explications mais un mois, c'était fou, c'était valable, tout peut changer en un mois.

L'éternité, c'était mieux. Je t'aurais inscrit dans ma vie ou je serais entrée dans la tienne. L'éternité, c'était une promesse. Mais tu as raison, il ne faut pas promettre ce que l'on ne peut pas tenir.

Je n'ai pas vingt minutes pour m'asseoir avec toi. Peut-être si tu passais à 15h, pourrais-je te parler pendant que je décroche la lessive. Tu mangerais un morceau de gâteau, on marcherait ensemble jusqu'au métro.

Si tu veux me montrer les photos de ton épouse, cela ne m'intéresse pas vraiment. Si tu veux me parler de tes enfants, je n'écouterai pas. Si tu veux me parler du passé, je le connais déjà. Tu vois, vingt minutes, c'est inutile, nous n'avons rien à nous dire.
Elle porte le crayon à sa bouche, hésite un instant. Elle prend la lettre et la déchire.

Puis elle ouvre son agenda, tourne quelques pages, marmonne.

- Je peux peut-être le caser mardi à 18 h ? Je vais lui téléphoner...d'accord pour mardi.

Elle soupire: - Dommage, je ne serai pas vraiment là.

Puis elle se lève et d'une voix ferme: Maintenant, ça suffit !

Et elle se remet à trottiner.

 

D ' A U T R E S   2 0   M I N U T E S

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E