Quartier, empeigne, piqûre, oeillet. Tout ceci
se trouve réuni dans un seul et même objet. Quoi, vous
ne le saviez pas ? Ajoutons la tige et la languette, et vous avez
deux indices supplémentaires. Cela n’évoque toujours
rien ? Allons, concentrez-vous. Et si je vous dis coup-de-pied,
hein? Faites un effort ! Bon, je vous aide : semelle, talon.
Ah, enfin, vous trouvez ! C’est un « article d’habillement
en cuire ou en matière synthétique, qui protège
et recouvre le pied ». Précisons qu’il s’agit
d’un « n.f. », et quelques expressions plus
loin, vous savez tout de la chaussure.
Apologie du dictionnaire... Comment diable parvient-on à définir
des termes aussi courants, usuels, des évidences ? Définir
le terme même de définition ? Une admiration immense
pour le travail minutieux, infini, pour ces années de triturations
linguistiques m’a toujours fait aimer ces pavés que je
consulte régulièrement. Tout le savoir du monde devait
tenir en une encyclopédie, pensait-on au siècle des
Lumières. En plus compact et surtout plus concis quoi que détaillé,
nous avons hérité des dictionnaires pour notre usage quotidien,
voire usuel.
Ouvert à la page 211, de « chatterie »
à « chauvin », Pierre (mon Petit Larousse
en couleurs, autrement dit le Larousse Illustré, Pierre pour
les intimes) m’explique par un dessin les éléments
qui composent une chaussure. Je vais feuilleter plus loin, mon regard
restera accroché à d’autres illustrations, une définition
me reportera à une autre. Chaque fois que je demande à
Pierre une information, je passe un bon quart d’heure à
fureter, feuilleter aux hasards de l’inspiration, à lire
des articles dont je ne soupçonnais même pas la présence,
à vérifier mes connaissances sur un sujet qui me passe
par la tête.
Je suis tombée amoureuse de Robert, plus précisément
Robert & Collins, dictionnaire anglais-francais de son état,
le jour où, pour une version d’anglais, je trébuchais
sur une expression. Pure merveille du dictionnaire, mon expression s’y
trouvait dans une traduction que je sentais juste. Je feuilletais encore
et encore, par pur plaisir, ce volume de savoir. Depuis, le classement
alphabétique m’accompagne en permanence, j’emporte
toujours mes précieux dictionnaires avec moi.
Je me fâche plus que de raison quand la réponse du dictionnaire
ne me convient pas. J’ai, par contraste, un volume (de le Grappin
de Larousse aussi, hélas) qui m’agace au plus haut point.
Le format est peu pratique, il est lourd et prend énormément
de place, tout cela à cause d’une marge de 4 cm à
droite, à gauche, en haut et en bas de pages. Pour ouvrir un
tel volume sur une table envahie de classeurs, livres et autres papiers,
avouez que ce n’est ni pratique, ni nécessaire. Gribouiller
dans un livre, surtout un livre de référence tel qu’un
dictionnaire est au-dessus de mes forces de « fétichiste
du livre ». Non, je ne peux pas même me servir de cette
marge outrageuse pour y mettre mes remarques. Chaque traduction que
j’y trouve a le don de m’énerver. La bonne nuance
n’y est jamais, contrairement au Robert & Collins. Je maîtrise
bien mieux encore l’a! llemand que l’anglais, je sais donc
pertinemment que la traduction est incomplète, détournée,
partielle voire partiale. Je finis toujours par recourir à une
ruse : je demande d’abord à Robert la traduction en
anglais, puis je demande aux cousins de Robert, Robert et Pons, la traduction
de l’anglais à l’allemand. Les résultats sont
bien meilleurs.
Un jour, je m’achèterai un Pons franco-allemand. Bien meilleur
que mon Larousse. En attendant, je ruse, je contourne les difficultés,
je change mes phrases pour me passer de dictionnaire. J’adore
les dictionnaires.
Un volume à couverture verte revient sans cesse hanter mes rêves
les plus fous. Le bouquin inutile par excellence qui ferait fuire tout
scientifique de bonne renommée, tout artiste normalement constitué.
LA référence pour tout littéraire. Bien peu possèdent
cette Bible, on la regarde avec un mélange d’admiration
et de répulsion. Pardonnez, Monsieur Grévisse, si je me
suis permis d’emprunter votre titre. Le bon usage... sous-entendu
du français. Pas le vocabulaire, cette fois, bien qu’il
y fut aussi évoqué, mais bien de la grammaire. Je déteste
la grammaire. Mais comme c’est mon point faible, il me faut absolument
un ouvrage de référence pour vérifier de temps
à autre, et je n’ai que les trois Bescherelle, classiques,
dont je ne me sers jamais, classique. Dès que je le trouverai
d’occasion, je m’achèterai un Grévisse. Son
prix (neuf) est exorbitant, et ce qu’! il y a de bien dans la
grammaire, c’est que ça ne se démode pas très
vite. Pas besoin donc de la toute dernière édition...
Je pourrais enfin questionner Maurice. Encore faudra-t-il apprendre
à s’en servir ! Mes malheureux essais de Khâgneuse
dans la bibliothèque du lycée m’en ont laissé
un souvenir plutôt ennuyeux. Mais je me rattraperais.