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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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L E   B O N
   U S A G E

PAR STÉPHANIE WINTZERITH

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Quartier, empeigne, piqûre, oeillet. Tout ceci se trouve réuni dans un seul et même objet. Quoi, vous ne le saviez pas ? Ajoutons la tige et la languette, et vous avez deux indices supplémentaires. Cela n’évoque toujours rien ? Allons, concentrez-vous. Et si je vous dis coup-de-pied, hein? Faites un effort ! Bon, je vous aide : semelle, talon. Ah, enfin, vous trouvez ! C’est un « article d’habillement en cuire ou en matière synthétique, qui protège et recouvre le pied ». Précisons qu’il s’agit d’un « n.f. », et quelques expressions plus loin, vous savez tout de la chaussure.
 
Apologie du dictionnaire... Comment diable parvient-on à définir des termes aussi courants, usuels, des évidences ? Définir le terme même de définition ? Une admiration immense pour le travail minutieux, infini, pour ces années de triturations linguistiques m’a toujours fait aimer ces pavés que je consulte régulièrement. Tout le savoir du monde devait tenir en une encyclopédie, pensait-on au siècle des Lumières. En plus compact et surtout plus concis quoi que détaillé, nous avons hérité des dictionnaires pour notre usage quotidien, voire usuel.
 
Ouvert à la page 211, de « chatterie » à « chauvin », Pierre (mon Petit Larousse en couleurs, autrement dit le Larousse Illustré, Pierre pour les intimes) m’explique par un dessin les éléments qui composent une chaussure. Je vais feuilleter plus loin, mon regard restera accroché à d’autres illustrations, une définition me reportera à une autre. Chaque fois que je demande à Pierre une information, je passe un bon quart d’heure à fureter, feuilleter aux hasards de l’inspiration, à lire des articles dont je ne soupçonnais même pas la présence, à vérifier mes connaissances sur un sujet qui me passe par la tête.
 
Je suis tombée amoureuse de Robert, plus précisément Robert & Collins, dictionnaire anglais-francais de son état, le jour où, pour une version d’anglais, je trébuchais sur une expression. Pure merveille du dictionnaire, mon expression s’y trouvait dans une traduction que je sentais juste. Je feuilletais encore et encore, par pur plaisir, ce volume de savoir. Depuis, le classement alphabétique m’accompagne en permanence, j’emporte toujours mes précieux dictionnaires avec moi.
 
Je me fâche plus que de raison quand la réponse du dictionnaire ne me convient pas. J’ai, par contraste, un volume (de le Grappin de Larousse aussi, hélas) qui m’agace au plus haut point. Le format est peu pratique, il est lourd et prend énormément de place, tout cela à cause d’une marge de 4 cm à droite, à gauche, en haut et en bas de pages. Pour ouvrir un tel volume sur une table envahie de classeurs, livres et autres papiers, avouez que ce n’est ni pratique, ni nécessaire. Gribouiller dans un livre, surtout un livre de référence tel qu’un dictionnaire est au-dessus de mes forces de « fétichiste du livre ». Non, je ne peux pas même me servir de cette marge outrageuse pour y mettre mes remarques. Chaque traduction que j’y trouve a le don de m’énerver. La bonne nuance n’y est jamais, contrairement au Robert & Collins. Je maîtrise bien mieux encore l’a! llemand que l’anglais, je sais donc pertinemment que la traduction est incomplète, détournée, partielle voire partiale. Je finis toujours par recourir à une ruse : je demande d’abord à Robert la traduction en anglais, puis je demande aux cousins de Robert, Robert et Pons, la traduction de l’anglais à l’allemand. Les résultats sont bien meilleurs.
 
Un jour, je m’achèterai un Pons franco-allemand. Bien meilleur que mon Larousse. En attendant, je ruse, je contourne les difficultés, je change mes phrases pour me passer de dictionnaire. J’adore les dictionnaires.
 
Un volume à couverture verte revient sans cesse hanter mes rêves les plus fous. Le bouquin inutile par excellence qui ferait fuire tout scientifique de bonne renommée, tout artiste normalement constitué. LA référence pour tout littéraire. Bien peu possèdent cette Bible, on la regarde avec un mélange d’admiration et de répulsion. Pardonnez, Monsieur Grévisse, si je me suis permis d’emprunter votre titre. Le bon usage... sous-entendu du français. Pas le vocabulaire, cette fois, bien qu’il y fut aussi évoqué, mais bien de la grammaire. Je déteste la grammaire. Mais comme c’est mon point faible, il me faut absolument un ouvrage de référence pour vérifier de temps à autre, et je n’ai que les trois Bescherelle, classiques, dont je ne me sers jamais, classique. Dès que je le trouverai d’occasion, je m’achèterai un Grévisse. Son prix (neuf) est exorbitant, et ce qu’! il y a de bien dans la grammaire, c’est que ça ne se démode pas très vite. Pas besoin donc de la toute dernière édition... Je pourrais enfin questionner Maurice. Encore faudra-t-il apprendre à s’en servir ! Mes malheureux essais de Khâgneuse dans la bibliothèque du lycée m’en ont laissé un souvenir plutôt ennuyeux. Mais je me rattraperais.

 

D ' A U T R E S   2 0   M I N U T E S

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E