C’est un ex-bébé et un ex-petit garçon. Au
moment de l’inauguration, il a maille à partir avec une fermeture
éclair cassée dans les toilettes du musée. Mais il
sait comment transformer un cadran solaire et un thermomètre. C’est
aussi un conducteur chevronné et il peut faire la quadrature du
cercle à cent-vingt kilomètres à l’heure. Il
habite dans un appartement. Il marche sur la croûte de la terre.
Edgar, oh Diego, l’ennui distingué, entre les disques de
Tamla Motown, un percolateur italien, feuilletant négligemment
des livres pour cinéphiles (Jean Vigo, Louise Brooks) ou à
la gloire de certains cultes (Little Nemo, Michel Foucault), des ouvrages
réservés aux hommes curieux. Il a essayé pendant
des années de trouver l’ordre le plus efficace et le plus
naturel pour enlever ses chaussures et et ses chaussettes. Tout le reste
: cuvette, cuvette... Bords blancs, creux imaginaires, robinets du réel,
les éphémères crues et maelströms de la chasse
d’eau, la bonde par où se précipite l’angoisse
et par où elle remonte avec un sale clapotement. « Puisque
les derniers mots des hommes ont toujours été incompréhensibles,
on fit donc des théâtres pour prononcer artificieusement
et très longuement ces derniers mots. Ainsi des musées... » Il devint vraiment bizarre ; il pleurait à la lecture de
formulations mathématiques. Il devenait ivre après plusieurs
tasses de thé. Les livres non philosophiques lui paraissaient de
vieilles conneries et pires ceux dits philosophiques qui ne lui semblaient
que bandes-vidéo effacées, rayées. Il se demandait
s’il passerait l’année et pourtant il devait lui rester
vingt ans avant d’en finir avec son sujet. Le trajet était
terrifiant, non parce qu’il était, oui, assez terrifiant,
mais parce qu’avant tout sa nature était extrêmement
fragile.
Maintenant, on va dire « je ».
En postant des paquets, toujours utiliser des lettres romaines et des
chiffres arabes. Je connais tous les animaux du zoo. Service rapide/Service
lent... Hyper-lucidité et hyper-délicatesse. Tout est prodigieusement
proche, tout est beau, tout est monstrueux, tout est d’une paix
absolue. Pourquoi aller au Japon ?... Un train avec un drapeau. Rythme
saccadé, violence de branlée et salut, salut... Amarres
rompues et graffiti de temps à autre.
Comment parler de la destruction ? Car c’est la question qui me
préoccupe, au-delà du chatoiement funéraire des bougies.
Cimetières de ferrailles meurtrières : Tupolev 160 -Blackjack
you know ? - A vendre. A vendre. A vendre. L’air est vide,
sans danger. Tout à coup une buée blanche. Trop tard, ma
tête dedans.
Le mot « illusion ». Le mot « espace » et en fond
sonore de « nouveaux skis, nouveaux skis, nouveaux skis, nouveaux
skis... »
Pourtant, je vois : je vois la pente lumineuse d’une prairie ; mais
non, je ne vois rien qu’un signe : une sorte de paraphe qui est
en pente et qui est prairie... Et je sais bien sûr que le souvenir
est là, tout entier, infiniment plus rapide que les mots qui vont
le détailler...
« Mais toute la terre avait la même langue et les mêmes
mots ».
Entre « espace » et « illusion » la même
buée blanche.