2 0 M I N U T E S PAR BENOÎT BENZÉNE - - - -
Easy prend à gauche dans la ruelle, d’un coup de frein à main. Pendant qu’à l’arrière Bob recharge son fusil, Margot tente de se repérer sur le GPS. Dans le coffre, le vicomte Weller baigne dans sa propre urine. - Alors Maggy, merde ! Le périph’
c’est tout droit ou pas ? La petite voiture rouge clignote à l’écran. Les sirènes de la patrouille de police se rapprochent. - Prends tout droit, Easy, tout droit. Easy enfonce l’accélérateur et dépasse le carrefour en manquant d’écraser un passant noctambule. Les flics freinent violemment, et percutent une borne à incendie. - Combien ça nous fait, demande Margot à Bob, qui plonge la tête dans le sac ? - Il y a 20.000 en petites coupures. Bob frappe du plat de la main sur la plage arrière. - 20.000 plus quelques millions… Easy et Maggy éclatent de rire en chœur.
La voiture de police redémarre et l’inspecteur Lefeur lance
un appel radio prioritaire. Si la voiture des ravisseurs s’envole,
le vicomte Weller est perdu. - Allume moi une clope, Maggy, et surveille ce putain de GPS. Maggy allume une cigarette pour le chauffeur, puis une pour elle-même. - On les a semé ? Robert se retourne, et précise : - Pas encore. Je les vois. Il appuie un peu plus sur la pédale. La route se transforme soudain en champ de pavés et la pauvre bagnole commence à vibrer de toute sa carcasse. - Et merde ! Dans le coffre Weller mord sa manche de veste pour ne pas hurler et tente de protéger sa tête avec l’autre bras.Lefeur frappe de toutes ses forces sur le tableau de bord et invective son chauffeur. - Mais accélère, putain, accélère ! Tu vois pas qu’on est en train de les perdre. Au prochain carrefour, s’ils traversent le boulevard et qu’on reste bloqué, on les perds ! Easy arrive au carrefour à l’instant où le feu passe au rouge. Il s’engage quand même et braque complètement à droite, dans un crissement de pneus. Ils ont atteint le boulevard. La voiture des flics les colle au train, mais peu à peu elle se fond dans la masse gluante de véhicules périphériques et elle disparaît. Arrivés au métro, Easy bloque ses freins et jette Margot et le magot. - On se retrouve à la cave. À tout à l’heure, chérie. Maggy descend dans le métro et part déposer
l’argent à la banque, trois stations plus loin. De là,
elle file récupérer la caméra vidéo, et
les rejoindra à la cave. - Par ici, monseigneur, lui ordonne Easy. Bob lui bloque le canon du fusil dans le bas du dos et le pousse vers la cage d’escalier. Les trois hommes descendent quelques marches. Easy ouvre la porte cadenassée d’une petite cave parmi d’autres. Bob pousse le Vicomte qui s’affale contre un mur. Un coup de crosse sur la tête. - Maintenant tu dors, Vicomte. On te racontera la fin ! Easy boucle la chaîne et tire les verrous. Les deux hommes remontent en surface et entrent chez Ricco, au café des amis. Un demi, et un coca. Derrière le patron, les informations régionales du câble murmurent des lieux communs culturels quand un flash spécial interrompt les programmes. Une tronche à lunettes s’inscrit dans le cadre. - Ricco ! Monte le son, s’il te plaît
! Easy et Bob trinquent. Le regard qu’ils échangent est froid et déterminé. - 100.000 euros ! Les salopards, ils s’emmerdent
pas avec les assurances chez les Weller. N.A. : Je suis essoufflé. J’ai mal aux doigts. On peut difficilement considérer ça comme « clos ».
|