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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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L A   T R A C E   D U   C A L A M A R

PAR JULIEN CAMPREDON

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Ceci est la dernière projection du céphalopode. Au commencement, il n’était pas céphalopode, mais herbivore quelconque comme beaucoup de ses amis. Et puis le monde a frémi, un pays libérateur aux yeux de tous est devenu ennemi dans le cœur de chacun. Les soucis lui ont fait tomber des cheveux et avec ces événements vint la nécessité de s’engager, d’ouvrir le bec pour cracher un peu de venin. Il a donc écrit une petite histoire qui parle d’un soldat de sa nationalité – il y aurait eu une guerre totale – qui, après avoir traversé l’océan, a participé à l’invasion du sol ennemi anciennement ami ; le soldat fumant une cigarette cancérigène pense à tous ses amis qui sont morts, il se remémore les leçon de l’histoire, lorsque après la chute de l’Allemagne nazie, beaucoup avaient affirmé péremptoires qu’il aurait fallu anticiper. Dans son histoire, il a mis des coups de feux, des santiags, une histoire d’amour et beaucoup de pollutions radioactives, huit copains dont sept meurent. C’était très beau. Beaucoup ont pleuré, même l’ambassadeur du pays visé : il était devenu artiste.

Cela lui allait très bien, il nageait avec bonheur dans ce nouveau monde hydrocéphale. Voulant affirmer son statut de créateur, il s’acheta un peignoir en satin et perdit encore quelques cheveux; mais ensuite il fallait trouver quelque chose d’autre à raconter. Alors il raconta l’histoire de celui qui veut rentrer dans une piscine pleine de vieux et de cadavres si nombreux qu’ils l’empêchent de se baigner : tous le monde a applaudi à cette critique de la génération de soixante-huit, sauf les membres de cette génération elle-même qui surpris par tant de haine moururent nombreux. Il devint riche et mangea fréquemment du turbot, ce qui lui fit définitivement perdre ses cheveux. Il dévorait avec plaisir les poissons de son bec d’artiste engagé.

Comme il perdait son inspiration et qu’il lissait régulièrement sa calvitie de calamar, un troisième bras se mit à lui pousser afin de pouvoir se curer le nez. Un quatrième pour se gratter les couilles, etc… À cet époque, il rédigea l’histoire d’un homme qui toute sa vie avait cherché l’amour des autres et qui, une fois célèbre, s’enferme dans son appartement pour faire revenir l’inspiration enfuie. Sa concierge – celle-ci avait une allure de poissonnière – à qui il donnait la primauté de chacune de ses idées, le menaça de son couteau à écailler : à force d’étaler son imagination molle, il finirait par devenir gluant ! Ses premières idées avaient ému, s’il n’en avait plus aujourd’hui, ce n’était pas grave, il n’avait qu’à aller retrouver les masses laborieuses ! Scandale et lèse Majesté : furieux comme une pieuvre, l’écrivain se saisit de la plus belle des filles de la concierge et avec ses huit bras, lui fit connaître les plaisirs les plus obscènes. Enfin le poulpe vint voir sa poissonnière de belle-mère et lui raconta son projet d’autobiographie.

Cette femme laide mais avisée, qui avait admiré l’écrivain naissant, compris que ce dernier n’avait plus d’idée. Le champagne et les petits fours avaient dilaté et ramolli son cerveau sans cheveux… Pleurant de toute son âme de libraire contrariée, elle égrena des invitations de spectacles et des petits fours dans l’appartement de l’artiste, qui (à l’instar de tous ceux de son espèce) adorait les cadeaux gratuits. Elle amena ainsi la bête dans un piège définitif. Le dernier appât était une invitation à une garden-party quelconque qu’elle déposa sur la page ouverte d’un lourd cahier aux grandes pages blanches. Le céphalopode, se propulsant en expulsant l’eau par son siphon, suivit le parcours piégé et se rua finalement sur l’invitation mortelle; à ce moment précis la concierge referma violemment le livre sur la pauvre créature au crâne mou lequel, s’ouvrant comme un mauvais sac à main, laissa s’échapper la poche d’encre qui prend chez tout écrivain la place du cerveau. C’est l’impression de ce liquide qui s’étale maintenant sous vos yeux.

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D ' A U T R E S   P E T I T E S   C H O S E S   À   L I R E ?

Lettre ouverte à H.B. Derwent par Michelle Martinelli.
Listes avortées par Pascal Lipp.
La vie ne présente jamais ses excuses par Guillaume de La Croix.
La Reine se meurt par Anna-Maria Bigot.
Micro-manifeste anti-capitaliste par Pascal Bories.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E