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Mailman de J. Robert Lennon.

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U N   E N N U I   P R O F O N D ,
À   R E G A R D E R   P O U S S E R
L E S   O L I V I E R S.

PAR ROMANE DE KERQUE

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Quelque part, entre Malaga et Grenade. Un ennui profond, à regarder pousser les oliviers. Ce n’est pas pour rien que les Espagnols ont inventé la sieste, la corrida et les mariages princiers.

C’est qu’ici, la neurasthénie guette. Derrière chaque mur de chaque patio, chaque rideau de franges multicolores, dans chaque ruelle, sur le porche de chaque église, de chaque chapelle, chez chaque marchand de tapas, au fond de chaque verre de sangria, tout, sous le soleil d’Andalousie, n’est que lassitude infinie.

L’Espagnol a dû lutter. C’était cela ou périr. Pour rigoler, il a affublé ses femmes de hardes colorées. Les heures passées à ensevelir les hanches généreuses sous des mètres et des mètres de tissu rouge et noir, découper au ciseau des volants, des falbalas, rajouter de la dentelle, dénuder l’épaule, dévoiler la jambe, ça vous occupe un homme. C’est tout autant de temps gagné.

Mais après… L’ennui a repointé le bout de son vilain nez. L’Espagnol, furieux de s’emmerder à nouveau, a pesté, tapé du pied, crié, pour chasser de son âme cette léthargie qui menaçait. «Olé, olé», c’est cela qu’il disait, l’homme qui n’en pouvait plus de tant se faire suer.

Et la femme s’est animée. Elle a pris peur. Surprise par le raffût de l’homme bien agité, elle s’est tournée et retournée, cherchant des yeux d’où pouvait venir le danger. Pas de chien enragé, pas de chat toutes griffes dehors… Une menace invisible est bien pire… La femme est effrayée. Les pans de sa jupe sang claquent dans l’air, tiennent à distance l’ennemi insidieux, venimeux. Elle frappe des mains, tape des pieds, crie comme une damnée. Sous ses aisselles ombrées perlent des goutelettes aigres, mais elle n’en a que faire. Elle se donne pour ne pas se perdre.

L’homme est ravi. Le temps passe vite. L’ennui n’est qu’un souvenir.

Ainsi naquit le flamenco.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
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